Tempera

Souvenez-vous, Jehanne Moll c'est une toute jeune photographe belge qui nous présentait quelque temps plus tôt sa série Blinding. Elle aime écouter de la musique dans le train, glisser des morceaux de fraises dans son pain au chocolat le dimanche et aujourd'hui elle revient avec une série photo intitulée "Tempera", une histoire à l'atmosphère un peu pesante...

Pourrais-tu nous en dire plus sur la série que tu nous présentes ?
Tempera est né d’un hasard. Le jour même, en arrivant, je ne savais pas qui allait se métamorphoser devant mon objectif. Après avoir imaginé quelques images sur place et en demandant à ce que l’équipe me guide, j’ai senti qu’on entrait doucement dans une histoire. Les vitraux, les yeux profonds de la mannequin – qui m’a étonnée par son très jeune âge -, la cohérence voire l’évidence qu’elle formait avec l’autre mannequin, nous ont fait plonger dans une histoire, leur histoire.

Dès lors, tous les éléments semblaient s’être accordés pour devenir les éléments de ce qu’on souhaitait voir. Un amour naissant, réservé mais qui semblait fortement interdit et difficile à assumer. Toute cette partie est sombre, on ressent des choses plutôt négatives à travers les images, et les regards. Rien n’est vraiment calme. La dernière photo symbolise l’apaisement que ces personnes ont trouvé, la blancheur de l’image signe une rupture avec le reste de la série, une ouverture vers un univers calme, attendu, apaisant.

C’est un projet perso ?
La série Tempera est en même temps un travail personnel et un projet d’équipe, dans le sens où elle existe pour montrer le travail de chaque intervenant: le stylisme est très travaillé, chaque détail compte. On peut dire que c’est une série personnelle dans le sens où j’étais entièrement libre d’interpréter l’ensemble des éléments. J’avais toutes les pièces du puzzle à ma disposition, il ne me restait plus qu’à les assembler.

D’où te vient le titre « Tempera » ?
Nous avons longtemps cherché après un nom pour cette série, même si l’emploi du latin nous semblait être une évidence. Tempera n’a pas une définition précise mais illustre parfaitement les images.

L’ambiance pesante, l’obscurité, les regards voilés, ça change de ce que tu as l’habitude de faire ! Par quoi t’es tu laissée guider pour arriver à ça ?
C’est vrai que cette série sort de mes habitudes. Je suis plutôt douce dans mes photos de manière générale. Je pense cependant que mes photos évoluent en même temps que moi et mon regard sur l’Homme. J’ai tendance à quitter mon côté peut-être un peu trop naïf pour aller vers des sentiments plus bruts. Je n’ai pas le souvenir d’avoir fait mes photos en étant plutôt sombre dans mon moral. Je pense avoir plutôt été attentive à mes modèles et surtout complètement fascinée par le fait qu’ils s’accordaient parfaitement.

Un souvenir ou quelque chose en particulier que tu retiendras de ce shooting ?
Oui, il concerne la photo «  confessionnal ». C’est certainement une des photos qui me plaît le plus dans cette série. Je voyais tous les éléments devant moi, je sentais qu’on tenait quelque chose mais je n’arrivais pas à le mettre en image comme je le voulais. Je me souviens que j’étais agacée de ne pas trouver la solution pour faire « l’image », et puis, j’ai trouvé. J’avais la photo que je voulais. Il fallait juste que j’ouvre les yeux car la solution était devant moi !

Où étais-tu ?
Nous avons réalisé la série au bar irlandais « Le Celtic » en plein centre de Liège. J’ai pu découvrir toute une partie de l’établissement que je ne connaissais pas et qui dégageait une ambiance sacrée, presque religieuse. C’est quand j’ai cerné le lieu que j’ai commencé à me sentir à l’aise dans mes images.

Et justement, le choix du lieu, les vitraux, la position en croix…
Doit-on y voir quelque part une signification religieuse ?
Je n’ai pas commencé ma journée en me disant: «aujourd’hui, je vais faire une série à connotation religieuse. » Je ne savais pas exactement ce que j’allais faire. C’est en observant les lieux, en sélectionnant les vêtements avec les stylistes et à échanger des idées avec Réda, que nous sommes partis dans une « histoire d’amour » assez sombre portée par les deux mannequins. La série se clotûre par une photo lumineuse avec des vêtements clairs, devant de grandes portes symbolisant une ouverture vers quelque chose de plus léger et plus heureux, comme une respiration. Le choix de la connotation religieuse est délibéré parce qu’il rajoute une dimension sacrée aux sentiments qui émanent des photos.

Peux tu nous en dire plus sur les tenues / le stylisme de la série ?
Le stylisme, géré par Réda Faklani et Élodie Laurent, était premièrement destiné à mettre en valeur des pièces de créateurs liégeois, aux côtés de pièces issues de marques tendances. Les vêtements, seuls sur leur tringle, ne racontaient pas d’histoire, mais ils ont pris vie sous les mains des deux stylistes.

Crédits

Modèles : Laura Tibô et Audric Van Wymeersch – Maquilleuse : Cris Make Up – Stylistes : Elodie Laurent et Réda Faklani

Jehanne Moll / Page facebook