Fakear

On le décrit à la fois comme expérimentateur du son, beatmaker de talent, prodige et révélation de la scène électro française...
Rencontre avec Fakear !

Hello Théo ! Qui es-tu, d’où viens-tu ?
Je m’appelle Théo, je viens de Caen. Je suis un enfant du rock, qui a pris sa claque avec Radiohead, Massive Attack ou encore les Pink Floyd. J’ai commencé à composer il y a longtemps, et Fakear est né au bout de 2 ans de recherches musicales. Je me suis mis progressivement au live, et j’ai tenté le tremplin dans la salle de ma ville, le Cargö, que j’ai remporté. Et après, pouf, j’ai cligné des yeux, il s’est passé mille trucs beaucoup trop rapidement, et je suis là !

Pourquoi « Fakear » ?
Parce que quand je suis passé du rock à l’électro, mes potes déconnaient en disant « c’est de la fausse musique » et c’est parti de là : je fais de la fausse musique avec ma fausse oreille (Fake Ear).

Pour ceux qui n’y connaissent rien, tu peux nous en dire plus sur la MPC et la façon dont tu composes tes musiques ?
Je t’avoue que je n’y connais pas grand chose non plus. La MPC reste pour moi un outil de live, je compose au clavier normalement. C’est à l’origine une machine qui comporte 16 pads, sur lesquels le sample est divisé en 16 petits bouts. Les premiers à s’en servir étaient les « beatmakers », c’est à dire ceux qui composaient les beats et les instru pour les rappeurs, dans les années 90. Pour ma manière de composer, j’ai du mal à l’analyser moi-même. Disons que je pars d’une image, d’une émotion, d’un épisode de ma vie, et que je l’expulse par la musique. C’est une thérapie, j’en ai besoin pour vivre.

Et en live, quelle est ton procédé technique ?
En live je récupère mes fichiers de studio, je supprime certaines pistes que je vais rejouer (sinon cela ne s’appellerait pas « live ») et je laisse un fond sonore, avec les nappes, la basse, la batterie… Certains samples sont encore présents pour faciliter mes transitions, car je ne peux pas être partout !

Comment décrirais-tu ton style musical ?
C’est une question impossible… C’est comme si tu me disais « décris-moi ta personnalité », pour moi c’est impossible. Certains trucs sont établis, je fais de la musique électronique, il y a des trucs hip-hop, des trucs trap, house, trip-hop, world, jazz, pop… Beaucoup de mélanges qui viennent de mon éducation ; mais je n’ai aucune idée de la case dans laquelle je peux me ranger. D’ailleurs dans les festival électro, je suis souvent le plus « chill » tandis qu’on me programme plutôt à la fin des festivals pop, en cloture.

Dans quel état d’esprit te mets-tu pour composer ?
Je n’en ai pas. Je compose tout le temps, dans n’importe quelle situation. Il me suffit de mon laptop et d’un petit clavier. Je me balade toujours avec tous mes samples, du coup c’est un peu quand je veux… Ou quand je peux !

Quelles sont tes influences ?
Il y en a pour tout le monde… J’écoute beaucoup d’electro, comme Bonobo, Flume, Rone, mais aussi beaucoup de folk, j’adore les Fleet Foxes, Samba de la Muerte, et de la world, de la pop, du jazz, du classique.

Pour beaucoup, tes musiques évoquent l’évasion… Faire voyager celui qui écoute, c’est un peu ton but ?
Ce n’était pas mon but à la base, mais si les gens s’évadent, c’est un beau compliment ! Je suis hyper fier quand je vois les gens en face de moi fermer les yeux. Je n’ai pas de but en faisant de la musique, comme je te disais, c’est un besoin avant tout, une thérapie.

Possèdes-tu une attirance particulière pour la culture asiatique ?
C’est un imaginaire qui me plait, un esprit. Après, je connais très mal, je suis un gamin occidental ! Mais la culture asiatique englobe plein de choses, car du Liban jusqu’au Japon, c’est l’Asie, et il y a mille couleurs ! En fait, je suis curieux des cultures qui ne sont pas connotés « urbaines » tu vois, comme le jazz, le gospel, le rock. La culture occidentale est beaucoup comme ça, et je l’aime comme elle est, mais ce n’est pas elle qui me fait voyager.

Ton plus grand moment sur scène c’était… ?
Je pense que c’est à chaque fois que les gens réagissent sur un morceau. C’est fou quand les gens reconnaissent un morceau qu’ils aiment, ils t’envoient de l’amour par tonnes, et à chaque fois ça me fait frissoner. Du coup, plus le temps passe, plus ce genre de moments se produit. L’effet de « La Lune Rousse » est fulgurant, alors que je la jouait déjà il y a 6 mois !

Et le pire ?
Il n’y en a pas eu de pire. J’essaye de garder en tête la chance que j’ai de pouvoir faire ça… Du coup tous les moments sont bons. J’ai eu un moment de flippe quand même, quand lors des Bataclans avec Fauve, le cable de ma carte son a déconné, et il y a eu un buzz pendant « Morning in Japan ». Mais je m’en suis tiré, et les gens l’ont bien pris. Du coup ce n’est pas un si mauvais moment !

Quel est l’artiste / la personne que tu admires le plus et pourquoi ?
Je pense que c’est Bonobo, pour son parcours, sa longévité et qu’il arrive à toujours faire de la musique sensible, organique et sincère.

Des trucs cool à venir dont tu peux nous parler ?
Je suis en train de construire un nouveau live qui sera prêt à la rentrée et je me suis lancé dans un album…

Le mot de la fin ?
Ce qui reste le plus important pour moi, c’est l’honnêteté dans la composition. Et ceux qui me guident le plus, ce sont tous ces gens qui me suivent.


Photo cover : Laurene Berchoteau