Diglee

Diglee. Maureen Wingrove. 24 ans. Illustratrice. Elle aime Lady Gaga, la cookie dough de Ben & Jerry’s et les années folles. Elle déteste poster une photo sur Facebook que personne ne commente, le câlin matinal de son chat, à 6h12 précisément (non, en vérité elle adore) et voir quelqu’un se frotter les mains sur un jean ou un tapis...

/// Pourrais-tu nous en dire un petit peu plus sur toi et sur ton parcours ?
Mais bien sûr ! Pour ce qui est de ma personne, je m’appelle Maureen Wingrove, alias Diglee, j’ai 24 ans, du sang anglais par mon Papa, un chat nommé Flutiou que j’aime beaucoup trop, et je suis illustratrice depuis 2009. Pour ce qui est de mon parcours, j’ai toujours dessiné, mais aussi beaucoup lu : alors au moment de choisir mon orientation ça a été un peu compliqué. Je crois que je nourrissais un désir secret de devenir écrivain, en parallèle de ma passion évidente pour l’illustration. C’est donc en toute logique que j’ai passé un bac littéraire avec option arts plastiques. Et Anglais, évidemment. Ne renions pas nos racines.

J’ai eu ce bac à 17 ans, et j’ai immédiatement intégré l’école Emile Cohl à Lyon : j’ai passé l’entretien sans trop y croire : à vrai dire je voulais tenter Hypokhâgne, mes dossiers venaient de partir ! Quand j’ai été prise (à Emile Cohl, donc, si vous suivez bien), je me suis dit que je me laissais le temps de choisir si c’était ma voie ou non (en me disant que j’allais être virée très vite vu le niveau). Et puis… ben je n’ai plus jamais lâché mes crayons, et j’ai très vite voulu en vivre. J’ai ouvert mon blog en 2007, d’abord pour y montrer mes travaux du moment, avoir une sorte de book en ligne. Puis c’est assez naturellement qu’il a changé de ton, et que je m’en suis plus servi de support « autobiographique » : j’ai toujours tenu un journal, je suis fan de Bridget Jones et Georgia Nicholson, donc je suis vite revenue à mes premiers amours : la dérision, l’anecdote, le racontage de soi…

Et voilà que depuis, ce blog s’est fait une place dans la blogosphère (en partie grâce à des filles super comme Pénélope, Laurel et Margaux Motin, qui ont été de vraies marraines), et il m’a permis de faire mes toutes premières commandes, avant d’être diplômée (notamment chez Fleurus et Nathan, les deux premiers « grands » éditeurs à être venus me solliciter quand je n’étais encore qu’une jeune étudiante flippée et pas sûre de moi DU TOUT).

Aujourd’hui je le garde en à-côté comme passe temps et lieu d’échange avec mes lecteurs, mais je suis illustratrice free-lance pour différents éditeurs, dans la BD, la presse et la publicité.

/// Se cache t-il une petite anecdote derrière le nom « Diglee » et d’où vient-il ?
Oui, tout à fait (ouuuh, toi, tu n’as pas lu ma F.A.Q, shame on you! Haha). Ce surnom, c’est mon beau père qui me l’a trouvé, quand j’avais 12 ou 13 ans. Un soir, au lieu de m’appeler «Mau» (pour Maureen), il m’a appelé «Digliani»… petit jeu de mots avec Modigliani, le célèbre peintre des années 30.  Il a finalement raccourci en «Digli». Moi, j’ai adoré l’artiste, donc c’est tout naturellement que je lui ai dit qu’un jour, si j’avais besoin d’un pseudo, je prendrais Digli. J’ai juste glissé le « ee » de mon prénom Maureen, pour garder un côté british, et c’était parti !

ndlr: Parce que oui, mon Papa étant né en Angleterre, et mon grand père paternel prononçant mon prénom « Mauween », je peux dire que j’ai du sang anglais, quelque part dans les tréfonds de mes veines.

/// Le caractère / style / personnage de Diglee en quelques mots, c’est… ?
Moi.

/// Depuis quand dessines-tu ?
Depuis que ma maman m’a acheté mes premiers Crayola.

/// Diglee, c’est quand même plein de rose & de paillettes, serais-tu atteinte du syndrome Peter Pan ? 
Ouais, il doit y avoir de ça. J’ai une propension énorme à tout foutre sur un nuage rose à paillettes, je ne sais pas pourquoi. Ça aide beaucoup, je pense, d’être régressif et optimiste aujourd’hui. En tout cas j’en ai besoin.

/// Pour ton blog, toutes tes illustrations sont réalisées sur Photoshop, à la tablette, t’arrive t-il encore de dessiner sur papier ? Pourrais-tu revenir à l’ère qui précédait le numérique ?
Le principe est ultra simple, puisque je dessine de A à Z sur Photoshop. Il y fut un temps où jadis, je dessinais sur papier et scannais mes dessins pour les colorer : mais je suis passée à l’encrage direct à la tablette, puis au crayonné direct à la tablette, et depuis je ne fais que ça. Il m’a fallu environ un an pour réadapter mon dessin à cette technique (mine de rien, regarder un écran et non sa feuille, ça change toute la façon de dessiner !).

Mais ça me manque, et j’ai toujours des carnets de croquis à portée de main : j’essaye de garder un lien avec le papier, tellement plus charnel : je fais par exemple des séances de modèle vivant dès que je le peux, et des pages de croquis libre à la plume quand ça me vient. J’ai pour projet d’y revenir, bientôt, mais c’est effrayant parce que mon dessin est très différent sur papier, et surtout, SURTOUT : il n’y a pas de POMME Z dans la vraie vie.

/// Confessions d’une Glitter Addict sort demain ! Impatiente ?
C’est dans la continuité du dernier (Autobiographie d’une fille Gaga) ou bien que possède t-il de différent ?


Oui, j’ai hâte ! Depuis le temps… Je dirais qu’il est dans la même veine que le premier parce que le principe est le même, de reprendre mes posts de blog favoris et de tisser un ensemble en y ajoutant des inédits.

Mais je pense qu’il y a un léger changement de ton, et d’univers: ce tome raconte entre autre ma prise d’indépendance, mon envol loin du cocon familial. J’y suis un peu plus libérée, je crois. On me voit plus avec des amis, en sortie, en galère chez moi… Je pense que j’ai ouvert un peu la porte à d’autres thèmes, même si beaucoup sont dans la continuité du tome 1. Et je pense que j’ai osé aller plus loin. Sans spoiler, je peux quand même vous dire qu’Eric Northman se bat (pour moi) contre Julien Doré juché sur une licorne. Hein. Bon.

Et, ça va de soi, vu que dans ce métier on évolue constamment, je suis plus contente des dessins de celui-ci, que je trouve plus proches de mon travail actuel : j’ai passé beaucoup de temps sur les inédits, pour me rapprocher de ce que j’aime et du trait que j’ai envie de développer. Donc j’espère qu’il sera à la hauteur des attentes de mes lecteurs !

/// Des artistes / blogs / sites / ou autres, qui t’inspirent et que tu pourrais nous faire partager ?
Ouh c’est dur. Oui, alors en fait je lis très peu de blog BD, à part Pénélope, Margaux Motin et Isabelle Maroger… mais bizarrement je suis beaucoup de blogs mode.

Bon je pense évidemment à notre Betty nationale, à Chloé Vioz, ma BFF (BIG UP S’IL VOUS PLAÎT C’EST LA PLUS BELLE) mais aussi à Pandora, Typhaine (cuillère à absinthe), Tokyonbanhbao ou Vanessa (une Armoire pour deux), des filles sublimes bien dans leurs pompes, dans leur look, qui assument leur personnalité et qui sont surtout adorables dans la vraie vie, et loin de ce cliché de pimbêche creuse de blogueuse-mode-les-pieds-en-dedans.

Sinon, je passe un temps absolument effarant à errer sur Tumblr des heures le soir, on y trouve tout tout tout, c’est sans fin. Et en artiste, bon, je suis obligée de citer Lady Gaga, qui a quand même été le fil conducteur de mon tome 1, «Autobiographie d’une fille Gaga» : mais aussi Terry Richardson et Ellen Von Unwerth, deux photographes que j’adore plus que de raison… Et mon coup de cœur dessin, ce sont les Kerascoët, un couple de dessinateurs qui mêlent divinement poésie et noirceur dans tous leurs albums : je crois que je mourrais foudroyée d’admiration si je les rencontrais.

/// Quelles seraient les 3 seules choses que tu emporterai avec toi sur une ile déserte ?
La bibliographie complète d’Anaïs Nin, Flutiou, et de quoi dessiner. Si je peux rajouter mon Macbook et l’intégrale Sex & the city, je dis Amen.

/// La chose que tu ne peux pas t’empêcher de faire au réveil ?
Attention mode vieille fille enclenché : le câlin de Flutiou.

/// A quoi ressemblera Diglee dans 10 ans ?
Je crois que je serai toujours un peu too much : à 20 ans et des (GROSSES) poussières, les paillettes et le léopard ça passe… à 30, c’est peut être un peu pathétique. Mais que voulez-vous ? J’ai grandi en regardant Miss Fine moulée dans ses robes zebrées, perchée sur ses cuissardes en latex et cachée sous ses choucroutes géantes à la «chapeau melon et bottes de cuir», et je voyais ma mère bosser dans la pub des années 90 en micro jupe en cuir rouge, frange crazy horse, chouchou léopard et collants résille Chantal Thomas… donc la simplicité et moi, ça fera toujours 10 000 je crois.

/// Si tu devais penser à une reconversion, quelle serait elle ?
Haha, je me suis posé la question HIER avec ma maman. Je me dis que j’aimerais beaucoup bosser avec les animaux. Un truc simple, vrai, anonyme et proche de la vie, de la nature, quelque chose qui a du sens et qui demande juste de porter une vieille parka et des bottes de pluie. C’est mon côté Docteur Jekyl et Mister Hyde. Haaaaaan quel ennui. Sinon peut être que faute de mieux, je tenterai de publier un roman pour teenage, parce que j’en ai toujours secrètement rêvé sans m’en sentir capable.

/// Des actus ou projets à venir dont tu voudrais nous parler ?
Oui ! Je vais attaquer une BD pour Fluide.G (Casterman) qui racontera la vie de 3 pré-trentenaires.
Je me suis inspirée de trois de mes amies que j’adore, et que tout oppose. Et ça me fait un bien fou de m’investir dans un projet autre que celui de me raconter. Ici, je découvre de nouvelles libertés de ton et de sujets, c’est jubilatoire ! Ce qui m’intéresse avant tout, ce sont les liens. Les rapports entre êtres humains, et la complexité de ces liens, qu’ils soient amicaux, familiaux, amoureux, sexuels ou professionnels. Un large panel à explorer donc ! Et je croise les doigts pour qu’un projet qui me tient extrêmement à cœur aussi voit le jour en 2013 : il s’agirait du récit fictif de la vie d’une jeune femme à la fin des années 20. Un portrait en creux, par ses différentes amours, sur fond d’érotisme et de Charleston. Inspiré là aussi d’une découverte au puces d’une boîte de cartes postales censurées (que j’ai décryptées chez moi en jouant ma petite chimiste), appartenant toutes à une même jeune femme et venant de différents amants…

Croisons les doigts !

/// Le mot de la fin ?
J’ai vu Prometheus au ciné ce matin et ça déchire.

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