Claire Coullon

Claire Coullon. 25 ans. Française mais habite à Prague. Graphiste & typographe chez Op45. Elle aime l'odeur des vieux livres et les signatures peintes sur de la brique. Elle déteste le désordre et les stylos qui s'usent trop vite.

/// Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours ?
Je suis née à Paris mais mes parents se sont très vite installés au Moyen-Orient. J’ai étudié l’art & le design en Angleterre pendant 4 ans, où j’ai rencontré mon copain avec qui j’ai énormément voyagé, on a bossé un peu partout en Europe notamment à Bruxelles, York et Prague. On a commencé à monter notre propre studio de création il y a environ 3 ans et on travaille indépendamment depuis.

/// Qu’est-ce qui t’as plu dans le domaine de la typographie ?
En fait j’avais déjà l’habitude de griffoner des petits titres originaux ou des lettres au lycée, et j’ai découvert la typo en tant que réel domaine pendant mes études d’art à Canterbury, au Royaume-Uni. J’utilisais la typo dans beaucoup des mes projets artistiques, je partais souvent d’une typo existante pour la faire évoluer vers quelque chose d’autre. J’ai toujours trouvé ça hyper intéressant de réaliser des images esthétiques et créatives à partir de lettre ou de mots.

J’aime le potentiel créatif toujours grandissant et la polyvalence qu’elle possède. Une typo peut être belle dans tellement de situations différentes, elle peut être ‘silencieuse’ pour laisser le spectateur ou le lecteur se concentrer sur le message. Ou elle peut mettre l’accent sur la qualité esthétique et devient alors expressive grâce à la dynamique des formes. La typographie s’adapte toujours à l’environnement qu’elle touche. J’aime aussi le haut niveau d’attention aux détails qu’elle requiert; de petits changements peuvent grandement jouer sur l’efficacité de la typographie, modifier la manière dont elle sera perçue par le spectateur, l’impression qu’elle véhiculera, etc. Mais les autres domaines du graphisme me plaisent aussi, surtout la mise en page où, pour que la composition soit parfaite, chaque élément dépend d’un autre (image, espace, format, objet, but…).

/// Considères-tu la typographie comme un art à part entière ?
Absolument. L’un des aspects les plus intéressants, c’est qu’il peut être à la fois un outil informatif et une forme d’art. Et même les typos qui ont une fonction bien spécifique (par exemple celles des textes courants où la lisibilité est ce qui prime ou alors celles des signalisations) peuvent comporter un aspect artistique. Nombreuses sont les oeuvres d’art qui utilisent le lettrage pour évoquer le pouvoir des mots à la fois en tant qu’image et comme méthode de communication.

/// Ta typo de prédilection ?
J’en ai beaucoup… Je suis folle du dernier travail typographique de Simon Ålander, ‘New York’. Sinon la police Abril par TypeTogether est également très originale. Ou alors la Scala Sans par Martin Majoor.

/// Pourrais-tu nous dire comment tu procèdes dans la création de logo ?
Ça varie en fonction du projet mais en général, après avoir analysé le brief en détails, je pense au style, au sentiment que je souhaiterai faire apparaitre et à partir de là, j’esquisse mes idées au crayon. Je garde toujours à l’esprit les objectifs du projet pour ne pas tomber dans le hors-sujet, je réfléchis aux références qui pourraient être pertinentes, etc. J’ai l’habitude de faire beaucoup d’ébauches rapides, qui permettent aux idées initiales d’avoir une sorte d’évolution naturelle, les recherches se développent étape par étape librement et sans contraintes. Je retravaille les détails, d’abord sur papier, puis sur l’ordinateur. Bien entendu l’étape numérique nécessite toujours une révision aux niveaux des tailles, des couleurs, je fais aussi des tests d’impressions, tout ça pour s’assurer que le logo final fonctionne correctement.

/// Quel est le projet le plus cool sur lequel tu as bossé ?
Je dirais qu’il s’agit d’un projet perso, ce sont ceux qui nous donne vraiment l’opportunité de se lacher et possèdent un minimum de contraintes externes. Bien qu’il soit maintenant un peu vieux et pourrait certainement être amélioré, c’est le livre que j’ai écrit pour mon diplôme. Le projet est intitulé «Painting with Words», il explore la forme visuelle des lettres, des mots, du langage…

/// Des nouveaux projets à venir ?
Je travaille principalement sur des projets clients à la minute (principalement des logos et d’autres boulots de lettrage) mais j’ai aussi en tête de créer une nouvelle police de caractères. J’espère pouvoir m’y mettre sérieusement cette année, j’ai tendance à commencer sans jamais finaliser…

/// Tes inspirations ?
Alison Carmichael, qui se spécialise dans l’écriture manuscrite, principalement dans le secteur de la pub. Elle semble toujours trouver l’équilibre parfait entre l’aspect artistique et commercial. Les travaux de Rob Clarke ainsi que le studio Louise Fili Ltd basé à New York qui réalise sans cesse des boulots incroyables avec une qualité illustrative dingue. Puis il y a évidemment plein de banques de polices qui participent à mes inspirations :  H&FJ, House Industries, TypeTogether, Porchez Typofonderie, Sudtipos…

/// Si tu pouvais faire 3 voeux là, tout de suite, maintenant, lesquels seraient-ce ?
Avoir un studio typographique chez moi (avec une belle collection d’alphabets en bois et en métal), des fournitures d’art à l’infini et avoir la possibilité de voyager n’importe où très facilement.

http://www.coullon.com