Cendrine Rovini

Cendrine Rovini, alias Petites Cendres. Illustratrice. Elle aime l'odeur de ses mains après une balade en montagne, les biscuits italiens appelés amaretti, mettre un gâteau au four tout en pensant à la bonne odeur imminente. Elle n'aime pas les coiffures courtes des vieilles dames qui croient que ça fait joli et moderne, l'expression « c'est que du bonheur » et la télévision.

/// Pour ceux qui ne connaissent pas encore… Qui est Cendrine Rovini ?
Je suis une artiste française, et je vis à Aurillac, une petit ville nichée au milieu du Massif Central. Je travaille sur papier, bois ou tissu en mêlant diverses techniques, et je tente de donner vie aux images intérieures qui viennent à moi.

/// Pourrait-on en savoir plus sur ton parcours ? Depuis quand dessines-tu ? Aujourd’hui c’est ton métier à part entière ?
J’ai enseigné l’espagnol une année et j’ai détesté ça, je savais bien que mes aspirations étaient ailleurs, et surtout pas du côté d’un métier « conventionnel ». Très vite j’ai donc commencé à créer des bijoux à partir d’éléments trouvés dans la nature, des petites branches de buis, du verre poli, des galets… Je me suis mise peu après au dessin, à la peinture et j’ai modelé l’argile pour en faire des sculptures de terre cuite. C’est en 2003 que j’ai décidé de ne plus faire autre chose que créer, et c’est maintenant mon vrai seul métier, grâce à celui qui est aujourd’hui mon mari, et qui m’a toujours soutenue dans cette voie, il faut dire qu’il est particulièrement bien placé pour me comprendre car il est aussi poète.

/// Si tu devais nous décrire l’ambiance de Petites Cendres en quelques adjectifs, ce serait…
Imperceptible violence délicate, manifeste douceur crue.

/// « Petites Cendres Ruines »… tu sembles aimer les jeux de mots, les allégories, les paraboles, je me trompe ?
Petites Cendres Ruines n’est pas un jeu de mot, mais tout simplement mon nom : petites cendres est une transposition un peu sioux de mon prénom et ruines s’explique parce qu’en italien « le rovine » désignent les ruines. Je sais bien que ce n’est pas particulièrement gai, mais tant pis ! Je n’aime pas forcément jouer avec les mots, je préfère les entendre chanter à travers des images poétiques.

/// Tu utilises souvent l’image de la femme, nue et aux cheveux indéfiniment longs, se cache t-il un but ou une histoire derrière cela ? Et peux t-on voir dans tes travaux un (ou plusieurs) thème récurrent ?
Les femmes s’imposent à moi d’elles-mêmes lorsque je commence à travailler, elles sont une sorte de support indispensable, une voie d’accès à d’autres images. Je pense que nous vivons dans un monde éminemment masculin, pas seulement du point de vue des luttes sociales féministes, mais aussi de celui, plus intime, de l’imagination humaine, qui semble s’être coupée de la richesse et de la diversité féminine. Je me méfie comme de la peste de l’idée de Vérité et du dogme de l’Unité et il me semble que c’est en cultivant la complexité et la multiplicité féminines que nous pourrons espérer que tout n’aille pas trop mal dans nos vies, individuellement et collectivement.

/// Par quoi te sens-tu principalement inspirée ?
Ma principale source d’inspiration je la trouve dans les images qui arrivent toutes faites devant mes yeux intérieurs, je n’ai plus qu’à recopier ! Et puis il y a tous les artistes que je côtoie, avec qui j’échange des lettres, des idées, il y a aussi tous les créateurs que je croise sur la toile et qui comptent énormément pour moi depuis longtemps, ensuite il y a des petits détails de la vie quotidienne, comme une tâche sur un tissu, ou des herbes folles.

/// Penses-tu qu’il y a des artistes ou des choses qui t’ont orientée vers le style artistique que tu as aujourd’hui ?
Il y a d’abord un dessin animé essentiel pour moi, Albator, soit Captain Harlock pour les Japonais, et ses cohortes de sylvidres, très tôt j’ai été absolument captivée par elles, elles jouent un rôle très important dans mon imagerie intérieure je pense. Ensuite il y a la peinture de la Renaissance, les tableaux italiens et flamands de cette époque sont merveilleux à mes yeux, et puis les estampes japonaises et chinoises des 18e et 19e siècle et aussi les photographies anciennes, les images alchimiques médiévales et bien entendu, les artistes contemporains que j’admire, comme Kiki Smith.

/// Pourrais-tu nous décrire le processus derrière chaque dessin ?
Je commence directement mon dessin sur le support, surtout papier et bois, sans jamais faire de croquis préparatif, car ça couperait mon élan. Je dessine les contours de mes sujets au crayon graphite, ensuite bien souvent je peins le fond au café puis je passe à la couleur : petites touches de rose sur la pointe des seins ou les joues, ombres bleutées, au crayon de couleur et puis viennent la peinture (gouache, acrylique ou le plus souvent aquarelle), les feutres, la feuille d’or parfois, l’encre, cela dépend de l’effet que je veux rendre. Même si mes travaux sont soigneusement réalisés, j’aime travailler vite et spontanément, et je n’aime pas m’attarder trop sur une pièce, si elle me dit « je suis terminée », je respecte ça et je la laisse tranquille, si je vois qu’elle a atteint son harmonie intérieure et visuelle.

/// A quoi ressemblerait la journée type de Cendrine ?
Je me lève tôt pour préparer mes enfants à aller à l’école, et lorsque je reviens seule à la maison, j’allume mon ordinateur pour relever mes emails, ensuite je fais mon rituel des « Cinq tibétains », des mouvements d’étirement inspirés du yoga puis je prends un petit déjeuner léger. Je m’occupe un peu de la maison et reviens ensuite m’installer devant Internet : emails, Flickr, Facebook, etc… Puis c’est le moment d’aller dans l’atelier, de travailler à mes images, la matinée passe vite. Après le repas de midi je recommence peu ou prou la même chose (pas vraiment passionnant hein!) avec parfois des petites marches en forêt, ou des moments pour lire un peu. Je travaille aussi beaucoup la nuit et parfois je me couche très tard.

/// Petit portrait chinois, si tu étais : 
Un tue l’amour ? L’indifférence
Une nature morte ? Des petits pains sur un lit de feuilles de vigne rouge
Une cachette ? Une caverne d’ours
Un super pouvoir ?  La transparence (l’invisibilité est trop extrême)
Une mauvaise habitude ? La procrastination
Un livre ? Les métamorphoses d’Ovide
Un musée ? Le Musée du Quai Branly à Paris
Une peinture de la Renaissance ? Portrait de jeune fille, de Petrus Christus
L’endroit le plus chouette au monde ? L’Aubrac
– L’un des quatre éléments ? L’eau, bien sûr

/// Des actualités ou projets à venir dont tu voudrais nous parler ?
Je pense en particulier à une série de grandes poupées en papier en vue d’une collaboration avec une amie photographe, à une exposition collective à Turin l’hiver prochain avec cinq de mes travaux, à un projet de travail commun avec un artiste français que j’admire extrêmement, à ma prochaine exposition solo à Paris avec sans doute pas mal de travaux sur bois…

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