* L'histoire illustrée

Écris-moi une histoire sentimentale

Ecris-moi une histoire sentimentale (sans foule) 

On colporte ceci.
La fille en marinière, le garçon du perron.
Dis leur que tout ne dure qu’un temps.
Un temps qui passe beaucoup trop vite.
Dis leur que les amants se lassent rapidement.

La fille aux cheveux blonds, le garçon aux yeux clairs.
Dis leur que tout file à toute allure, et ne laisse que des brisures de souvenirs, des hommes et des femmes qui ont cru aux mirages.

Elle a les os saillants, des cernes cachées, et les bras impuissants. Blondeur à moitié innocente, robe en voie de disparition, lassée de ne plus désirer vraiment.
Il a cet air fatigué de celui qui vit sans mesure, ses yeux brillent encore, trahissant son indolence. Etat d’ivresse, heure tardive, fatigué d’alterner débordements de joie et mélancolie intermittente.

Ils partagent, les promesses en l’air, les faux soucis feintés par ennui. Ils préfèrent en rire de peur d’en pleurer, et se casser avant que les choses deviennent trop sérieuses pour un monde qui ne l’est pas.

Elle écrit sur ses mains pour ne rien oublier, il accumule les petits papiers. Elle s’évertue à ce que chaque chose soit à sa place, il est bric-à-brac. Elle distend ses manches quand il fait froid, il relève sa chemise pour s’en faire une capuche.

Ils s’embrassent un peu, boivent beaucoup, ou l’inverse, plus surement les deux.
Ils veillent à leurs images impeccables, des vêtements aux sentiments.
Ils oublient d’aimer vraiment, et d’être en vie dans le moment présent.

Ne cherchant qu’à exister plus fort, sentir un corps, se chercher des yeux et se perdre soi-même.

Moi je riposte cela.
Quand nos vies s’accélèrent, et que les autres nous indiffèrent.
Quand on choisit d’accorder nos faux pas, nos erreurs et nos dérapages.
Quand le temps joue malicieusement avec nos esprits fragiles.

Je frémis de cette cadence qui m’emporte plus vite que mon souffle.
Je rends grâce à l’instant qui se fige aux périphéries de nos mots.
Je ne veux plus découvrir grand chose d’autre que ce dont nous sommes capables.

Mon corps est le siège de mes débordements et de nos transports.
Mon estomac se serre, ma poitrine se gonfle, mon cœur palpite.
Mes bras sont trop courts pour enlacer mon monde, et faire le tour de vous, mon amour.

Ils disent que le bonheur se trouve toujours ailleurs.
Ils pensent qu’au loin les choses prennent des couleurs.
Ils sont trop épris de réalité pour notre sens idéaliste.

La simplicité de vétilles.
La volée d’un regard, un café enfumé, une bouffée de cigarette, des paroles échangées, un sourire prolongé.
Egoïstes romantiques.
Laisser nos maux de côté avant d’entrer, les peurs dantesques, et les rencontres passées.
Là où je ne voyais que moi, seule entourée de bruit, beaucoup de gens, et d’autant d’attention. Je vois maintenant tes yeux scrutés mes doutes, qui se barrent avec mon dédain.

Oh si je sais. Tout ce qu’il y a à savoir. On trébuche souvent.
Mais tomber amoureux puis changer d’avis est un moindre mal.
Je me prononce pour nos ombres jointes, car l’ardeur altère la rancœur.

On peut finir ainsi.
Ils auraient pu ne jamais se rencontrer.
Ils se sont peut être croisé plusieurs fois.
Ils auraient pu se haïr ou s’aimer depuis longtemps.
Ils ont peut être déjà rêvé l’un de l’autre tout en ignorant leur existence.
Ils ne savent pas où ils vont comme ça, surtout que, la vie joue aux petites voitures avec nos chairs, et nous dépouille sans retenue.

Mais.
Déjà.
Au fond.
L’inconnu ne leur fait plus peur, prend la direction d’un visage, la forme d’un nom, la sérénité d’un souffle.

Texte : Nina Gosse
Dessin : Marie Gosselin

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