Nous courions, donc, ou je courais toute seule sans doute, les cheveux perpetuellement enmêlées par le vent de la cavalcade, les joues constamment roses, le souffle éternellement court.
C’était un grenier, une mansarde à quatre murs de quatre couleurs différentes. Sur le plafond, une voie lactée était dessinée, d’un mouvement noir un peu chiffoné, comme mélangé avec les doigts, et puis quelques constellations à la peinture argentée. La pièce était tellement minuscule que le lit d’Orfée occupait presque tout l’espace…
Nous nous sommes finalement arrêtées sur une place bordée de commerces en tous genres. Orfée m’a indiqué une brasserie d’apparence quelconque d’un hochement de tête, nous sommes entrées et nous sommes assises là sans dire mot le temps de nous imprégner de cet environnement. Le jour était encore jeune, la lumière orangée diffusait ce qu’il faut de clarté pour éveiller en douceur les badauds encore engourdis de sommeil.
Les années défilèrent sur un même ton : défilèrent oui, comme des kilomètres de laines qui se détachent de la bobine. Un seul fil tiré par la force d’une même contrainte : la différence. Ma mère n’eut ni l’occasion ni le besoin de me rappeler à l’ordre quant à son projet de vie pour moi, je me démarquai naturellement des autres enfants dans mon âge.
Je suis un homme sans souvenirs dans les poches, sans images qui défilent devant les yeux, Je ne m’encombre pas de baisers, de cahiers d’écolier, d’instants gravés. Je dévore, me gave, avale, absorbe, m’empiffre, engloutis, la délicate imperfection de votre monde…
Je signais mes plans de mon écriture désordonnée, “Rapha” et puis des plumes gribouillées : Raphaël, Rapha-ailes, j’avais le sens des jeux de mots comme celui de l’humour un peu brouillon.
Mais les reflets des lacs ne savent pas mentir, l’innocence finit par partir,
Il reste des souvenirs, comme les mots en papier des récrées ou les billes volées,
On a cru aux contes de fées, au père noel et à l’éternité,
A chaque fois que je vais au bois je me dis qu’il avait été une fois…
La conversation prenait des allures surréalistes, mais elle avait l’air à ce point perdue que je voulais bien pasticher l’été, jouer le soleil qui brûle et les glaçons qui teintent au fond d’un verre.
Mes bras sont trop courts pour enlacer mon monde, et faire le tour de vous, mon amour.
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